la réponse du berger à la bergère

Publié le par Super meuh

Suite à une polémique lancée dans les journaux du Royaume-Uni notamment, à l'initiative d'un chercheur norvégien (Sven Carlsen) et d'un certain groupe d'agro-alimentaire (Nestbeurk), l'UNICEF répond:

Un certain nombre de journaux ont fait mention aujourd’hui d’une étude norvégienne qui a mis en évidence les taux élevés de testostérone durant la grossesse et la capacité des mères à allaiter à la naissance de l’enfant. Les auteurs ont extrapolé à partir de leurs résultats que la capacité de la mère à allaiter dépend entièrement de ces taux hormonaux. Ils ont affirmé que l’exposition à des taux élevés de testostérone avant la naissance explique les différences entre les bébés allaités et les bébés nourris au biberon en matière de santé. Les résultats de cette étude restreinte sont intéressants et méritent une plus ample investigation. Quoi qu’il en soit, les affirmations faites en lien avec  ces résultats ne prennent pas en compte les grandes disparités de taux d’allaitement selon les pays, certains ayant 99% de mères qui allaitent avec succès. Ces résultats sont aussi contredits par la large somme de preuves qui montre que le taux de réussite d’allaitement peut être amélioré par une série d’interventions adéquates.

Ces affirmations concernant les liens entre allaitement et santé ne tiennent pas compte de l’effet dose-dépendant mis au jour dans de nombreux pays, qui démontre que les bébés allaités exclusivement ou pendant une période plus longue ont les meilleurs résultats en matière de santé.

L’étude ne prend pas en considération les mécanismes connus qui permettent à l’allaitement de protéger contre la maladie. Par exemple, le lait maternel possède de nombreuses propriétés anti-infectieuses, comme les immunoglobines, les globules blancs, les composants anti-inflammatoires, les enzymes et les facteurs d’anticorps, comme la lactoferrine et les bifidus.

L’ensemble des preuves des bénéfices de l’allaitement maternel est très important, et provient de nombreuses études sur différentes maladies, menées par de nombreux chercheurs dans de nombreuses universités. Des  revues systématiques de la littérature sur le sujet ont été menées et sont particulièrement utiles, dans la mesure où elles sont capables d’éliminer les études faibles, et de combiner les résultats des publications de grande qualité, afin de démontrer avec la plus grande fiabilité si un effet protecteur existe réellement. Il est important de noter que la  qualité et la valeur des preuves sont variables, en fonction des maladies observées, et c’est pourquoi les auteurs de ces revues ont tendance à attendre de nouvelles recherches pour clarifer les résultats. Néanmoins, les preuves des avantages de l’allaitement maternel n’en restent pas moins flagrantes.

Les 2 revues les plus récentes et les plus importantes ont été menées par l’Agence Pour la Santé et la Recherche Qualité et l’Organisation Mondiale de la Santé, elles sont résumées ici:

Ip S et alli (2007), Breastfeeding & Maternel Health Outcomes in Developed Countries. AHRQ Publication No 07-E007

 

Cette revue menée aux Etats-Unis a examiné 9000 publications et a utilisé les résultats de 400 d’entre elles. Elle se réfère uniquement aux résultats en matière de santé dans les pays industrialisés. La revue a montré que l’allaitement maternel est associé à une diminution significative dans l’incidence de: l’otite aigüe moyenne, les gastro-entérites non spécifiques, les infections respiratoires sévères, les dermites atopiques, l’obésité, le diabète de type 1 et de type 2, la leucémie infantile, la mort subite du nourrisson, l’entéro-colite nécrosante, le cancer du sein chez la ère et le cancer des ovaires.

 

Horta B et alli (2007), evidence on long term effects of breastfeeding WHO

 

Cette publication repose sur  des revues systématiques qui prouvent les effets de l’allaitement maternel sur la tension artérielle, le diabète et les indicateurs liés, le cholestérol, le surpoids et l’obésité, ainsi que les performances intellectuelles. Une réduction significative de l’incidence de l’obésité, du surpoids et du diabète de type 2 a été mise en évidence. On a également mis au jour le fait que les bébés allaités avaient une tension artérielle moins élevée, un taux de cholestérol plus bas, et de meilleurs résultats aux tests de performance intellectuelle.

 

Bien que les effets protecteurs de l’allaitement au sein sur la gastro-entérite et les affections respiratoires n’aient pas été mis en question, on a souvent cherché à  minimiser ces maladies dans les pays industrialisés, les considérant comme de simples « troubles intestinaux » ou « coups de froid », alors qu’en réalité une diminution notable des formes sévères nécessitant une hospitalisation a été observée. L’étude dela Cohorte du Millénium est une étude nationale et longitudinale portant sur 18.819 enfants nés au Royaume Uni en 2000-2002. Des données sur l’alimentation des enfants, la santé infantile, et de nombreux facteurs transversaux ont été collectés pour 15.890 enfants nés à terme en bonne santé nés à cette période. Cette étude a démontré que 53% des hospitalisations mensuelles pour diarrhée auraient pu être évités par un allaitement exclusif, et 31% grâce à un allaitement partiel. Un total de 27% d’infections respiratoires sévères auraient pu être évités mensuellement par un allaitement exclusif, et jusqu’à 25% avec un allaitement partiel.

Quigley M et alli (2007), Breastfeeding & hospitalisation for diarrheal & respiratory infection en in the UK Millenium Cohort Study.

 

Il est important d’être conscient du fait que l’effet protecteur de l’allaitement maternel est davantage en relation avec certaines maladies, notamment la gastro-entérite,que cela peut être le cas pour d’autres maladies telles que les allergies. Ceci ne signifie pas qu’il n’y a pas d’effet protecteur pour ces autres maladies, mais plutôt que le risque pour le bébé au biberon est plus important pour certaines maladies que pour d’autres.

Ainsi, lorsque les résultats montrent un léger effet protecteur de l’allaitement maternel, cela peut être le fait d’une recherche bien menée. C’est pourquoi décrire cet avantage comme faible à cause d’un degré plus bas de protection n’est pas approprié ni valable. Affirmer que l’allaitement maternel n’a qu’un effet réduit sur une maladie qui peut être sévère peut avoir un impact très négatif sur la population.

Le rôle de l’initiative « Ami des bébés »et des professionnels de santé est de donner aux femmes enceintes et aux futurs parents les données intégrales en matière d’alimentation infantile, fondées sur les meilleures études disponibles dans un souci d’objectivité et d’ouverture d’esprit, afin de permettre un libre-choix éclairé des familles. Dans cette perspective, nous avons besoin d’aider les mères à prendre les décisions appropriées à leur vécu, et nous devons les soutenir dans ces choix, quels qu’ils soient.

 




 

Publié dans allaitement on demand

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