intenses émotions

Publié le par Supermeuh

Un truc à ne pas perdre de vue : chez nos enfants, tout petits mais aussi plus grands, les émotions sont vécues dans toute leur intensité, de la tête aux pieds.

 

Le bambin qui a besoin des bras et pleure à chaudes larmes en tendant vers vous ses petits bras et son visage tout crispé éprouve un véritable chagrin, une vraie peine qui le bouleverse dans son immédiateté, même si cela nous échappe, à nous les grands. De même son rire aux éclats, hautement communicatif, qui  l'emporte tout entier dans la joie du jeu, il le vit dans tout son corps, sans retenue.

 

Cette émotion-là, positive, nous l'acceptons, et même elle nous réjouit nous aussi!

 

Certaines autres émotions, tout aussi intenses mais négatives, comme la colère, la peur, la frustration, nous ne savons pas les accueillir, elles nous rebutent ou nous effraient, nous préférons que l'enfant ne nous les impose pas.

 

On l'envoit "se calmer ailleurs", tout seul, dans sa chambre, ou "au coin", pour quelques minutes (en fonction de son âge parfois, genre 5 ans = 5minutes,...), ou pour plus longtemps, c'est selon.

Quelque fois, c'est "jusqu'à ce que tu sois calmé"... Terrible peine, parce que justement, on ne PEUT PAS se calmer, et alors, ça n'en finira jamais? On sera toujours là, tout seul, sans personne pour nous accompagner, nous réconforter, frotter chaleureusement notre dos, sans épaule compatissante sur laquelle épancher son coeur, ni cou parfumé  à serrer pour vider les sanglots qui nous étouffent? On se retrouve privé de l'amour de ses parents au moment où on en a le plus besoin, dans un moment difficile, un moment de peine où on n'arrive plus à se maîtriser, où on ne trouve pas en soi la ressource nécessaire pour reprendre le dessus de nos émotions...

 

Cela ne vous est jamais arrivé, en tant qu'adulte, d'avoir à faire face à des instants pénibles, à des émotions négatives très puissantes, sans avoir autour de vous personne avec qui les partager, personne pour vous réconforter? Et qu'en avez-vous pensé?

 

Est-ce qu'on apprécierait qu'un ami, ou mieux encore, notre compagne ou compagnon de vie, nous dise tout soudain "Ecoute, là, tu pleures, tu cries, tu es déagréable à regarder et à entendre, ça me fatigue / ça me dérange de te voir, je ne peux rien pour toi, va te calmer 5 minutes ailleurs, reprends-toi, on verra après quand tu seras de nouveau quelqu'un d'agréable à vivre et digne de mon attention"? J'en doute fort.

 

D'autant plus que, en tant que grandes personnes, nous disposons des ressources physiologiques pour maîtriser nos émotions (même si on ne nous a pas toujours appris à faire appel à nos ressources psychologiques, loin s'en faut).

Ce n'est pas le cas de nos enfants.

Leur cerveau n'est pas mature, et n'est pas encore apte à afronter seul les déversements d'hormones que génèrent leurs interactions avec le monde.Leur corps est en train de se contruire, en pleine croissance. Ils ne sont pas juste "des adultes en modèle réduit". Ils sont différents. Et nous avons été comme eux.

 

Tout se passe comme s'ils étaient hypersensibles (c'est parfois le cas physiquement aussi), et se retrouvent dans des états émotionnels extrêmes "pour un rien", pour ce qui nous semble un rien, à nous qui avons expérimenté cela des milliers de fois. Mais pas eux.

Pour eux, il y a encore des tas de "premières fois", de découvertes, d'initiations. Qui se vivent tout en entier, et bouleversent les enfants.

 

C'est à l'heure où ils modèlent leurs réactions au monde que les schémas mentaux s'élaborent, que les autoroutes de la sensibilité et de la gestion des émotions se mettent en place.

 

En accoppagnant l'enfant dans ses émotions négatives, en les accueillant et en acceptant d'en parcourir la gamme à ses côtés, nous reconnaissons la normalité de son ressenti, nous lui permettons de se vivre, et d'être pour autant un être humain acceptable, aimable, digne d'ntérêt. Nous lui donnons sa place parmi la communauté des êtres pensants que sont les humains. Oui il pense, oui ça fait mal parfois, oui c'est compliqué.

Les émotions négatives ne font pas de lui un mauvais enfant, un monstre, un "méchant enfant", un "enfant dur". Elles font de lui un être humain.

Mais il n'est pas seul à le vivre, et tous les êtres humains partagent cette nature tourmentée. Et ses parents sont là pour lui enseigner la manière de faire face à ces tourments de l'âme humaine, eux entre tous les hommes sur Terre les mieux placés pour le comprendre, et l'accompagner, car le fruit ne tombe jamais bien loin de l'arbre;-)

Ils sont ses premiers guides dans l'aventure des relations humaines, ils peuvent lui offrir les premières clés. Ou choisir de ne pas.

 

En mettant l'enfant au coin, en l'isolant, non seulement on le rejette, mais encore on le prive d'un mode d'emploi face à ce qui l'envahit, sa tristesse, sa colère, sa frustration.

Pas de modèle, juste la solitude de soi.

La punition de l'isolement n'est pas éducative, elle est juste un stress supplémentaire à une situation ingérable déjà, matériellement parlant (je veux dire avec son propre matériel physique, son propre corps qui n'a pas encore les ressources nécessaires pour surmonter la crise).

Et au lieu de lui apprendre à maîtriser son émotion, on lui apprend qu'il doit être seul parce qu'il n'est pas un "bon enfant", ce qui est proprement insupportable, non?

 

Accompagner les émotions intenses de nos petits (et de nos grands), dans la joie comme dans la peine ou la colère, c'est valider le chemin neuronal suivi par les influx nerveux, des échanges électriques et chimiques au niveau des synapses, et créer des autoroutes de la gestion des émotions dans le cortex, qui seront inscrits en eux tout au long de leur vie, des ressources intérieures toujours disponibles pour affronter les aléas de l'existence.

En rajoutant le stress de la mise au ban au stress de l'émotion qui submerge, on crée juste des autoroutes dans le cerveau qui mèneront à un comportement inadapté (angoisse, colère, opposition, déni ou refoulement des ressentis, absence d'empathie...), et dont il sera bien long et douloureux de se défaire, une fois adulte, une fois parent peut-être...

Car la vie nous offre toujours plusieurs chances de désactiver les mauvais programmes;-)

 

C'est à nous, parents aujourd'hui, de prendre par la main ces enfants qui sont venus partager nos vies, pour faire gagner à homo sapiens sapiens quelques générations, et éviter de reproduire à l'infini des souffrances et la solitude qu'on nous a si souvent donné en héritage, en pensant bien faire, pour nous "endurcir".

 

 

 

Publié dans libre pensée

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E
Je suis d'accord avec ce post.<br /> Là où tout ça me pose un pbme, c'est dans l'exercice de mon boulot: dans une classe, telle que la structure est actuellement, et encire je cause de préélem, cad qu'on est habituées à ça, nouzaut,<br /> on ne peut pas se permettre de laisser un-e enfant en plein vécu émotionnel trop bruyant (joie ou tristesse/colère, peur) ou s'exprimant en plus directement sur le corps des autres, ou sur des<br /> choses.<br /> En fait cet 'apprentissage' de la gestion de l'émotion est largement incompatible avec le formatage de la MaisonMammouth.<br /> Or de plus en plus, c'est à elle qu'on demande ça.<br /> Autrefois - notre génération encore, quoi- l'enfant était invité plus ou moins rudement à se la boucler (l'émotion, la parole), maintenant il peut quasi tout extérioriser...<br /> ... à condition de caresser l'inconscient parental dans le sens du poil. En clair de valider d'histoire singulière de chaque parent, couplée avec ce qu'ille perçoit de la norme sociale.<br /> J'ai bien dit sociale, pas morale.<br /> ...bon, bref..
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S
<br /> <br /> tu as raison elihah, ce n'est pas le rôle de l'école mais des parents, de manière à ce que,  à l'extérieur, l'enfant puisse se confronter sans se rendre malade, autant que possible...Mais se<br /> pose là le problème de l'âge où cette gestion devient possible, de l'âge de la scolarisation, aussi, où l'enfant se trouveéloigné des personnes de "référence". Selon la manière dont la confiance<br /> en soi s'est construite, la vie en "société" (scolaire, donc, là) devient acceptable ou pas, et gérable ou  non pour les acteurs de l'école aujourd'hui... Je crois qu'un enfant très<br /> insécurisé chez lui est très difficile à gérer en collectivité, et que la maîtresse ne peut pas "réparer" ce qui n'existe pas dans la famille, même si elle y est attentive et le souhaiterait...<br /> <br /> <br /> Qu'en penses-tu, en fonction de ton expérience (le Nutella, tout ça tout ça!)?<br /> <br /> <br /> <br />