entre deux feux, du caprice au clash de volontés

Publié le par Supermeuh

Durant les premiers mois du bébé, il est -relativement - facile de satisfaire nos enfants avec une bonne tétée, réponse universelle à tous les soucis d'un nourrisson en dehors d'être au sec. Ainsi, on peut le nourrir, certes, le désaltérer, aussi, le réchauffer, le réconforter après une frayeur ou une douleur, le rassurer, le câliner, l'endormir...

Bref, peu importe qu'il s'agisse de faim ou d'autre chose, le sein est là et apaise bien des maux.

 

Mais voilà, les mois passent et on a très vite affaire à un bambin qui cavale sur ses deux petites jambes, doté de dix mains au moins, bourré d'initiatives qui ne conviennenbt pas toujours (doux euphémisme) à ses adultes de parents...Et là, c'est un peu le choc des titans!

 

D'un côté, un petit d'homme qui met toute son énergie et mobilise toute sa volonté à explorer l'univers qui l'entoure, tous ces objets faramineux à portée de main, toutes ces interactions possibles (entre vos précieux DVD et les graviers du chat, par exemple, ou, bien sûr, la fameuse fourchette soigneusement plantée dans la prise électrique...), et tous ces désirs de voir, de connaître, de toucher, de salir, de nettoyer, de patouiller, de déchirer (pour voir le bruit que ça fait), d'accrocher ou de décrocher, de colorier, de goûter (oui, même si c'est dégoûtant)...

Il n'y peut rien, l'enfant, et même s'il voulait, je crois bien qu'il ne pourrait pas s'en empêcher, c'est atavique, et c'est comme ça que nous sommes devenus des homos sapiens, n'est-ce pas? Notre esprit curieux et découvreur est inscrit dans notre patrimoine génétique, c'est imparable.

 

 

De l'autre, il y a des parents, des adultes, qui, physiquement et intellectuellement, sont les plus forts.

C'est dire s'il est aisé pour une "grande personne" d'affirmer sa supériorité et  de contraindre physiquement un tout petit enfant, en lui détournant la main, en assénant une petite tape bien sentie sur cette petite main aventureuse, en attrapant l'enfant à bras-le-corps pour l'emporter, ...; ou bien de lui imposer notre parole, à un volume sonore plus ou moins élevé (bien que les capacités vocales de l'enfant ne soit pas à négliger!), dans un registre de langue plus ou moins élevé (souvent inversement proportionnel à notre degré d'énervement, impatience, colère...), à moins que l'adulte en question ne manie l'ironie de main de maître, ce qui reste bien sûr une arme infaillible face à n'importe quel enfant de 3 ans...

Nous en avons largement les moyens.

 

Oui, et ce sont les réponses qui nous viennent les plus facilement,  d'autant plus que ce sont souvent celles que nous avons nous-mêmes reçues en tant qu'enfants.

Et qu'il peut être complexe, voire douloureux, de tout mettre à plat dans ce que nous avons hérité de nos parents.

De même, lorsqu'on décide de "faire autrement",encore faut-il disposer d'un modèle parental valide. On peut savoir ce qu'on NE VEUT PAS faire, sans pour autant savoir QUOI faire précisément, et du coup, on se retrouve dans les mêmes ornières, indéfiniment, sans pouvoir activer d'autres voies avant que notre programme interne "d'éducation" se mette en route à notre corps défendant.

 

Cet affrontement de volontés, ces remises en cause permanentes de nos habitudes de "grands", dans notre univers bien rangé et ordonné, ordonnancé, ces tentatives incessantes (et usantes) d'expérimentation, il est tentant de les qualifier de "caprices", il est facile de se croire "manipulés", de se dire qu'il ne faut pas "céder", qu'il est de notre devoir de parents d'imposer notre volonté, "pour son bien", et ainsi d'assaisonner notre relation à notre enfant de "non" tout au long du jour, en toutes circonstances.

 

C'est tentant, mais c'est pourtant faux.

Un bambin de 18 mois renverse son verre de jus d'orange sur le canapé du salon en faisant des versés. Il ne le fait pas pour vous faire chier, dans l'unique objectif de vous faire criser. Il le fait SANS MÊME PENSER à vous, Il le fait parce qu'il veut s'exercer, voir ce que ça fait, ça l'intéresse profondément. Et que ce soit sur le canapé n'a strictement aucune importance à ses yeux, c'est juste confortable, ou pratique, ou son endroit préféré. Mais ce n'est pas CONTRE vous.

 

Lorsque l'enfant désire très fort accomplir quelque chose, c'est crucial pour lui de pouvoir le faire à ce moment-là, dans les conditions qu'il a choisies. Son objectif, par-dessus tout, c'est réaliser cette tache qu'il s'est assigné.

Il n'a pas à l'esprit de vous manipuler, de vous faire céder, il pense à son expérience, au plaisir qu'il va ressentir à la faire, à réussir.

Et si pour vous, ce n'est ni le moment ni l'endroit, alors vos volontés s'affrontent. Et comme c'est un être humain entier qui est là en face de nous, adultes, il résiste, il s'exprime, il dit sa frustration, sa contrariété. Il la crie, même. Forcément, parce qu'il la vit tout en entier, cette frustration, cette émotion intense qui l'envahit dans son corps d'enfant.

 

Pourquoi la qualifier de "caprice"? Parce que la réaction de l'enfant ne correspond pas à notre plan du moment, à notre organisation bien cadrée (ou pas), à NOTRE volonté personnelle. Là, tout de suite, ça nous ennuie, ça nous dérange, ça nous emmerde. Alors c'est un caprice, parce que ça NOUS contrarie.

Nous ravalons son désir, sa volonté intense d'enfant au rang de caprice pour ne pas avoir à en tenir compte, à lui accorder du temps ou de l'attention, à cette demande qui ne rentre pas dans nos priorités instantanées ou dans nos propres désirs du moment.

 

Est-ce se comporter en adulte que d'agir ainsi? Que de sortir l'arme fatale du "non" à tout-va, non pour ci, non pour ça, sans avoir pris le temps d'y réfléchir à deux fois, finalement.

C'est non par principe, parce qu'il faut "poser des limites", ne pas se laisser marcher sur les pieds, ne pas laisser l'enfant commander et devenir un "tyran", ce fameux enfant-roi qu'on voit dans tant d'articles de magazines bien-pensants et de livres de grands pédopsy... Un cas pathologique en somme. Pas la règle, l'exception, érigée en risque majeur qui va nous tomber sur le coin du nez au moindre écart, au moindre relâchement de la pression éducative ordinaire.

 

 

Et du coup, QUI fait un caprice, en voyant rouge dès que notre enfant ne fait pas exactement ce qu'on veut, ne se conforme pas à nos désirs et nos représentations? Quel modèle mettons-nous en place si nous levons le ton, ou utilisons la force (même dans un gant de velours, même enrobée de belles paroles), pour amener le petit humain qui s'oppose à nous à céder, et à se plier à nos désirs, pas toujours bien clairs, pas toujours justifiés, même à nos propres yeux?

 

Nous ne sommes que des êtres humains, imparfaits, et la colère nous emporte parfois beaucoup, beaucoup plus loin que notre raison et notre amour pour nos enfants ne le voudraient. Mais c'est notre travail d'adultes que d'être capbles d'aller au-delà de ces émotions qui nous envahissent, pour les maîtriser, et devenir de meilleurs parents, des personnes fiables et debout sur lesquelles on peut prendre appui pour grandir.

 

 

Publié dans libre pensée

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